Carnets

Józef Krajewski

« Dans ces années-là, c’était la misère. Juste derrière le grillage, c’étaient des esclaves russes qui devaient travailler là-bas… que les Allemands… c’étaient vraiment des esclaves, ils étaient là à part, dans des conditions misérables et ils venaient à la rencontre des polonais… Comme c’était une langue slave, on se comprenait plus ou moins. Et puis comme ils avaient l’habitude de travailler au charbonnage avec les polonais, ben ils apprenaient plus ou moins la langue polonaise. Mais ils n’avaient pratiquement rien à manger, et mon père me dit : “tu vas aller chercher un pot de confiture Materne…un pot de confiture Materne. Parce que… tu vas leur offrir … pour qu’ils puissent mettre quelque chose sur leurs tartines”. Mais c’était un grillage. Impossible de sortir. C’étaient des prisonniers hein. Et moi, l’enfant, tout content… je suis arrivé avec le pot de confiture et je l’offre, je lui donne et lui, il a pris le pot de confiture et je ne sais pas ce qu'il s’est passé, il lui a glissé hors des mains. Il est tombé sur les pavés de Paris-Roubaix – parce qu’on appelait ça Paris-Roubaix, il n’y avait que des pavés, rien d’autre, des gros pavés - et alors, je pleurais. Parce que je savais bien, malgré que j’étais jeune, parce que… qu’est-ce que j’avais, cinq, six ans ? … Et mon papa dit : “C’est rien Józef, va de nouveau au magasin, va rechercher un pot de confiture”. C’est pas grand-chose, mais c’est quelque chose qui reste gravé, hein. On l’oubliera jamais, ça. »    ***   « During those years, it was misery. Just behind the fence were Russian slaves who had to work there … it was the Germans who… They really were slaves. They stood there apart in miserable conditions and they came to meet Poles ... As it was a Slavic language we roughly understood each other.  And as they were used to work in coals mines with Poles, they had learned more or less the Polish. But they had practically nothing to eat. My father told me: “Go and buy a jar of Materne jam… because… you’re going to offer it to them … so they can put something on their bread”. But there was a fence. It was impossible to go through. They were prisoners. And I, a kid, happily… I arrived there with the jar of jam and I offered it to him. He took the jar of jam. And I don’t know what happened but it slipped out of his hands. The jar fell on the cobblestones of Paris-Roubaix – that’s how we called it Paris-Roubaix, but it was only cobblestones, nothing but big cobblestones – so I started crying. Because even if I was very young, maybe five or six years old, I knew… Then my father said “It’s ok Józef. Go back to the store. Go and buy a new jar of jam”. It wasn’t much, but it will forever be engraved in my memory. I’ll never forget it. »  

Francesco Basile

FB carré cover

  « Il y avait une place où avant d’aller au charbonnage, dans le puits, si tu fumais, tu devais jeter la cigarette. Parce que là on ne pouvait pas fumer. Ouais, on ne peut pas fumer dans le charbonnage. Dehors bien, mais pour aller dedans même s’il reste un grand morceau, le faut jeter. Fumer là, ce n’est pas normal. Et alors quand j’arrivais dans la cage de l’ascenseur, si tu tombais derrière la porte, tu avais une douche froide, tous les jours. Ils jetaient l’eau à sceaux dans le puits. » Sur vous ?  « Pour moi, pour tout le monde ! C’était de l’eau qui peut faire marcher l’ascenseur. Il y avait beaucoup de l’eau hein fi ! » Et vous étiez tout mouillé alors ?  « Ha oui. Tout mouillé. »   ***   “There was a place before entering the coal mine, before going down the well, where if you smoked, you had to throw the cigarette away because you could not smoke there. Yeah, you’re not allowed to smoke in a coal mine. Outside it was ok. But to go inside, even if it remained a large bit of it, it had to be thrown away. Smoking is not a normal thing to do down there. And then when I got in the elevator shaft, if you fell behind the door, you had a cold shower every day. They threw water in the well.” On you? “On me and on everyone. It was water to operate the elevator. There was a lot of water!” And then you were all wet?  “Oh yes. All wet.”

26 Août 2013

Image Flaque Hornu

Aujourd’hui, la rue est peuplée de feuilles mortes tombées prématurément des arbres. Pas un bruit. Pas une âme. Il est difficile de s’imaginer l’agitation qui régnait ici quelques décennies plus tôt. La cité demeure.    ***   Today, the street is strewn with dead leaves fallen prematurely from the trees. Not a sound. Not a soul. It is difficult to imagine the bustle that reigned here a few decades ago.  The housing estate remains.